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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 10:50

Après notre périple sur la face Est du Grépon, nous nous octroyons qu'un bref repos car c'est le moment ou jamais de profiter de nos derniers jours de vacances. Aussi, c'est dès le lendemain de notre retour de bivouac que nous traversons le tunnel du Mont Blanc pour monter passer la nuit au refuge Torino.

Itinéraire approximatif. Photo prise depuis la face Est du Grépon.


Les escaliers entre la gare du téléphérique et le refuge Torino (3371 m) qui laissera des souvenirs à ceux qui ne sont pas acclimatés !

Le refuge Torino est un immense et immonde bâtiment construit sur un tas de cailloux pourris. Après le refuge de l'Envers des Aiguilles la transition est plutôt rude. Tout d'abord il est interdit d'être autonome au niveau de la nourriture, on a demandé et on nous a répondu "Ah non il n'y a pas de place pour ceux qui sont en hors sac".
Lors de ce repas du soir obligatoire, on découvre combien la gardienne est hospitalière : elle me dit "carotte ou petit pois", je lui réponds "un petit peu de chaque s'il vous plait", réponse "C'est carotte OU petit pois !", sympa !
Mais la chose qui m'a le plus déplu est l'écriteau au dessus des robinets "Eau non potable, traitée chimiquement". Empoisonner l'eau pour vendre des bouteilles en plastique que c'est charmant...
Bref ce refuge est une vraie machine à fric et je ne crois pas que j'y retournerai un jour, quitte à bivouaquer devant la porte.

La Dent du Géant et les arêtes de Rochefort depuis le refuge Torino.

Pendant l'approche...Deux jeunes intrépides ont eu un jour l'audace d'installer une highline là-haut, entre les deux pointes. Bravo à eux !

L'Aiguille Blanche de Peuterey (à gauche), le Mont Blanc (au centre) et le Grand Capucin  (le magnifique pilier au tiers droit de la photo)

Alors que nous approchons des contreforts de la Dent du Géant les lumières de l'aurore nous dévoile un paysage grandiose. Roland me désigne des couloirs, des piliers et des arêtes : "Ca je l'ai fait en 1977 avec un polonais que j'avais rencontré à Chamonix...Ici on s'était retrouvé bloqué sous l'orage, ça avait fini en hélico...Et dans celui là j'étais en solo en 1982, ça donnait !...". Moi je regarde tout ça comme le pays des merveilles...
L'un se souvient de ses aventures passées tandis que l'autre rêve de ses ascensions futures mais, dans la fraîcheur du jour naissant, la même fascination nous réunit.

 

Dans les contreforts de la Dent du Géant...

Nous sommes partis très tard du refuge Torino, mais en arrivant sur les contreforts de la Dent du Géant, nous rejoignons le gros de la foule. il y a un peu de glace dans les couloirs et l'escalade est agréable, cependant le rocher est vraiment pourri et il y a beaucoup de cordées inexpérimentées qui font partir des gros blocs.
La progression est très lente et au bout d'un moment j'en ai marre d'attendre derrière de voir si on va ou non être percutés par une caillasse. Au lieu de suivre la file qui monte en oblique vers la droite, je prends tout droit dans un couloir gelé...Rapidement je me sens un peu limite, je sors donc mon deuxième piolet.

Roland prend la direction des opérations...

Roland, qui a perçu mon hésitation, me double en un éclair avec son unique piolet et en quelques minutes nous rejoignons la voie normale sur le fil de l'arête. Une belle leçon de technique de cramponnage !


Nous rejoignons l'arête...Au second plan, l'ombre de la Dent.

Photo Roland V.
Départ pour la traversée des Arêtes de Rochefort.

Notre petite digression d'itinéraire nous a fait gagner beaucoup de temps : malgré notre départ tardif nous sommes la première cordée à la "Table à manger", là où les itinéraires menant à la Dent du Géant où sur les Arêtes de Rochefort se séparent.
Il n'y a pas de traces fraîches sur l'arête et j'accueille avec enthousiasme la sympathique proposition de Roland de me faire passer en tête.

Vue arrière sur le chemin déjà parcouru et la Dent.

Les conditions de neige sont excellentes et nous sommes parfaitement acclimatés. C'est donc un vrai bonheur de parcourir cette arête effilée et aérienne.

Petit passage mixte...


Suite de la chevauchée fantastique.

Deux monuments de l'alpinisme sur la même photo : Roland et le Grépon !

C'est avec un immense plaisir que je découvre cette vue d'ensemble sur la face Est du Grépon.  J'imagine la ligne que nous avons suivie lors de notre ascension, je me remémore dièdres, cheminées et clochetons aux formes torturées, je sens même le grain du rocher et l'étreinte des fissures sur ma main. Cette montagne a pris de l'épaisseur, ce n'est plus une simple forme rocheuse dans le paysage comme ses voisines, c'est désormais une connaissance.
Non content d'élever l'esprit, l'alpinisme enrichit aussi le regard....

Au pied de l'Aiguille de Rochefort nous hésitons sur l'itinéraire à suivre. Je demande à Roland de sortir le topo mais je ne suis pas vraiment étonné quand il m'annonce qu'il ne l'a pas pris car il pensait que ce serait évident...
Bon mais par où on passe ? Il y a beaucoup de vent, nous sommes seuls et ce gros tas de cailloux ne fait pas vraiment envie vue d'ici...Roland est pour faire demi-tour ici, moi j'aimerai quand même bien faire le sommet mais il risque de nous coûter celui de la Dent du Géant. Finalement, après avoir longuement hésité, nous laissons tomber et nous commençons le retour vers la Dent.

Une cordée vient rompre notre solitude...

Photo Roland V.



Photo Roland V.

Dernier regard sur cette superbe traversée d'arête avant d'attaquer la Dent...

Photo Roland V.
A l'attaque de la Dent du Géant...

Il n'est pas loin de 13 h 30 quand nous attaquons la première longueur de la Dent. Nous sommes seuls et Roland me propose de faire toute la course en tête, histoire de continuer à me "former", super !...

 


Photo Roland V.

Après la première longueur en traversée équipée d'une corde fixe, les deux longueurs suivantes sont plus aventureuses. Il faut un peu chercher l'itinéraire et comme il y a de la neige sur le rocher, je ne suis pas mécontent d'avoir pris deux petits friends...

Au pied des plaques Burgener équipées d'énormes cordes fixes du type amarrage de paquebot !


Photo Roland V.

L'escalade très raide reste impressionnante malgré la présence des cordes fixes. Il y a le vent, l'altitude et le vide qui nous rappelle que l'on est bien en haute montagne. Mieux vaut ne pas trop se tracter sur les cordes car on se fatigue vite, de plus celles-ci sont glissantes et difficiles à tenir du fait de leur énorme diamètre.
Beaucoup d'alpinistes sont contre la présence de ces cordes fixes. Il est vrai qu'elles vulgarisent l'ascension de ce sommet qui demanderai un niveau technique bien supérieur sans cet équipement. Cependant il ne faut pas oublier leur aspect historique : la Dent du Géant fut une des première voie des Alpes équipée de la sorte puisque ces cordes furent installée par les ouvreurs eux-mêmes en 1892.


Roland en pure escalade libre !

Photo Roland V.


Photo Roland V.

Photo Roland V.
Au sommet de la pointe Selle (alt. 4009m).

Photo Roland V.
Enfin le vrai sommet, la pointe Graham (alt. 4013m) atteint à environ 16 h.

La vierge a subit les foudres du ciel : elle a un gros trou derrière le crâne et les cheveux frisés ! Au second plan les arêtes de Rochefort.


Vue sur l'Aiguille du Midi depuis le sommet.

Le dernier rappel.
La descente en rappel en face Sud est assez délicate car les relais sont parfois bien décalés d'un côté ou de l'autre. Il est donc bien confortable pour moi de laisser Roland reprendre la tête...

La désescalade des contreforts de la Dent est longue et éprouvante. La neige a fondu et nous descendons dans un gros tas de pierres instables. Puis il faut encore traverser le glacier avant de rejoindre le refuge que nous atteindrons aux environs de 20 h. Voilà donc encore une bonne journée de 15 heures...

L'enchaînement de ces deux courses permet de vivre une très belle et longue journée d'immersion en haute montagne. Il n'y a pas de très grosses difficultés mais celles-ci sont très variées, l'itinéraire est globalement très aérien et se déroule en haute altitude.

Le lendemain je n'ai pas du tout envie de rentrer : nous sommes parfaitement acclimatés et le beau temps que nous avons attendu pendant tout notre séjour est enfin là....Mais bon il faut se résigner à partir au moment où toutes les portes s'ouvrent enfin pour reprendre les mornes responsabilités du quotidien.

Ainsi se terminent donc mes vacances à Chamonix qui m'auront fait prendre un retard phénoménal sur ce blog (2 mois de retard merde !!). Merci à Roland pour tout ce qu'il m'a encore transmis depuis l'autre bout de la corde.

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