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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 12:37

Fin décembre, alerte météo, une vague de froid polaire s'abat sur la France, tout en préparant mon matériel de camping je me demande si je n'ai pas complètement perdu la raison....
Alors qu'une aube glaciale se lève, je retrouve Benjamin dans le Diois et, soleil à bâbord, nous mettons le cap sur les gorges du Verdon où nous attendent une petite bande de joyeux allumés : Julien, Seb et Tancrède.

Jour 1

Quand nous débarquons avec Benjamin, les copains viennent de finir l'installation des deux grandes lignes de 25 et 85 mètres. C'est encore plus beau et beaucoup plus terrifiant que tout ce que j'avais imaginé ! Moi qui avait faim, il va maintenant falloir que j'attende d'avoir testé avant d'être à nouveau en mesure d'avaler quelque chose...

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Seb au départ sur la 25 mètres

Seb attaque direct en mode guerrier sur la 25 mètres avec qui il engage un véritable combat de gladiateur qui durera trois jours...Après une vingtaine de "leashfall" (c'est à dire une chute plain gaz pendu à la longe sans se rattraper à la slack), il me passe le relais. Merde c'est mon tour !...

Mes essais du premier jour qui vont plutôt en s'empirant...Manque de concentration ! (Vidéo Benjamin M.)


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La peur au ventre entre deux essais. (photo Benjamin)


Après quatre chutes dont trois leashfall j'ai mon compte pour la journée. Pendant ce temps Julien et Tancrède tentent d'apprivoiser le monstre de 85 mètres qu'ils ont eu l'impudence d'équiper et ça n'a pas l'air d'être une mince affaire ! Puis Seb reprend son combat avec la 25 avec un acharnement qui force l'admiration.
La journée se termine par l'installation express d'une ligne d'une quinzaine de mètres dont Julien fera la traversée de nuit, pieds nus par - 10°C...


Jour 2

Après une nuit glaciale nous avons la mauvaise surprise de constater que la neige s'est invitée à notre petit séjour bucolique.

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Julien sur la 85 mètres dont on ne voit qu'à peine une petite moitié, mais non ce n'est pas démesuré !...


Mon essai catastrophe du deuxième jour (vidéo Benjamin)

Pour ma part je ne ferai qu'un seul essai de la journée : je profite d'une petite accalmie entre deux averses de neige pour me mettre sur la 15 mètres mais celle-ci est traîtreusement molle et m'inflige une chute immédiate et tête la première que je ne suis pas près d'oublier ! Ce sera de plus une vraie galère pour remonter car j'avais réglé ma longe trop longue, il me faudra carrément sortir le prussik.

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Remontée au prussik de ma mauvaise chute (photo Benjamin)

Quant aux collègues il faut un peu plus qu'une tempête de neige et une température de -15°C pour les démotiver.

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Tancrède sur la 15, Seb sur la 25 et Julien sur la 85.


Les mêmes furieux en train de slacker sous la neige avec à la fin un magnifique combat de Seb avec la 25.

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(photo benjamin)

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(photo Benjamin)

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Au crépuscule Tancrède fait des aller retour sur la 15 mètres dans une ambiance démente.


Jour 3

Au matin du troisième jour nous accueillons le retour du soleil comme une véritable bénédiction.

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Notre campement qui ressemble de plus en plus à un squat de clochards. C'est l'heure du thé aromatisé au reste de pâte bolognaise de la veille qui est resté gelé au fond des bols...(photo Benjamin)

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Benjamin s'offre une petite traversée sur la poulie plate mise au point par Tancrède qui transforme les fastidieuses traversées en de vertigineuses tyroliennes.

Ma chute sur la 15 mètres de la veille m'a fait un tellement mauvais effet que je préfère retourner m'exercer sur la 25 qui me semble plus stable.

Mes derniers essais sur la 25. (vidéo Benjamin) Pour voir la même chose vu de profil et filmé par Seb c'est ici.

Je suis encore bien loin de maîtriser mais je sens qu'il y a du travail de fait pour la prochaine fois : je commence à réussir à me rattraper à la slack ce qui permet d'économiser pas mal d'énergie et une bonne partie de mes neurones servant à donner la peur du vide ont littéralement fondu, bon débarras !

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Photo benjamin

De leur côté les vrais highliners se sont remis au travail. Je suis en train de ranger mes affaires quand j'entends un hurlement de joie déchirer l'air : je comprend immédiatement que Seb a fini par venir à bout de la ligne de 25 mètres. Une victoire bien méritée s'il en est ! Pour Julien et Tancrède les choses sont plus compliquées, malgré tous leurs efforts la 85 mètres ne se laissera pas conquérir cette fois.

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(Photo Benjamin)

Après une trop brève approche au printemps dernier, ce petit séjour m'a permis de découvrir vraiment une discipline à la fois exigeante et fascinante. Alors qu'il peut paraître à première vue totalement stérile d'aller faire le guignol sur un fil au dessus du vide, on découvre en s'y frottant l'incroyable richesse de cette activité.
Apprendre, à gérer sa peur face à une exposition au vide maximale, à trouver les repères visuels indispensables à l'équilibre dans un environnement où tout semble aspiré par le vide, à exécuter des mouvements parfaitement contrôlés malgré la peur, à transformer la frustration de la chute en envie de réussir. La highline vous pousse mentalement et physiquement dans vos retranchements à la manière d'une de ces épreuves initiatiques dont les amérindiens avaient le secret. Un peu alpiniste, un peu yogi, un peu danseur et un peu guerrier sioux, le highliner doit mobiliser des ressources extrêmement variées pour s'offrir une petite balade avec les vautours.
Dans ce jeu pas moyen de tricher, rien n'est gratuit, pour une minute à défier les lois de la pesanteur, il faut des heures de travail mais l'exaltation que l'on en retire est d'une rare intensité.

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Julien sur la 85 mètres.

Quand à celui qui assiste à la scène, il a bien peu de chance de rester insensible devant le spectacle d'un être humain marchant sur l'air. Il aura immanquablement la sensation qu'il y a quelque chose qui cloche, qui n'est pas à sa place, comme si le highliner était rajouté à la scène par une mauvaise retouche Photoshop. En s'affranchissant des règles qui régissent la chute des corps, le highliner semble s'extraire de la réalité et de ce spectacle surréaliste se dégage une indicible beauté.

Comme je n'ai pas eu trop à m'en soucier cette fois puisque les copains sont des spécialistes de la question, j'allais oublier de vous parler de sécurité. Un petit mot quand même : la highline ne comporte que très peu de dangers objectifs mais à la condition sine qua non que l'installation soit irréprochable. Le montage est complexe et met en jeu de nombreux éléments dont un seul peut compromettre la fiabilité de l'ensemble. Il serait vraiment regrettable que l'émergence de cette discipline s'accompagne d'accidents qui, vu l'exposition du milieu, seraient forcément dramatiques. Vous pouvez trouver d'excellentes pistes de réflexion sur les techniques à utiliser sur le guide disponible ici.

Pour finir et vous récompenser d'être venu jusqu'en bas de cette page voici le super montage de Tancrède qui reprend les meilleurs moments de ce séjour et d'un autre en novembre où les copains se sont visiblement bien amusés aussi  (Nom de Dieu les pendulaires !...) :

Réalisation Tancrède

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commentaires

benjamin 17/01/2010 22:36


Bravo papy ! Au delà du spectaculaire et de l'adrénaline, tu as trouvé des mots justes pour parler du sens, de la raison d'être de ce genre d'activité.
Quand à moi je prend la résolution de m'entrainer à ras du sol pour espérer pouvoir être ailleurs que derrière l'appareil photo ! à tantôt !


Rémi D. 20/01/2010 14:06



Lundi dernier j'ai monté ma première petite longline de 25 mètres, c'est un excelent entrainement pour la highline. A bientôt pour un petit entrainement donc !...



rudy 16/01/2010 15:50


ouaahh!!! franchement ça déchire!!!
j'imagine mal, moi et mes 120 kilos sur une petite sangle!!!! chapeau bas messieurs!!!!
je comprend mieux les entrainements réguliers de Rémy dans notre jardin!!!! ca à l'air de porter ses fruits d'ailleurs....


Rémi D. 20/01/2010 14:00



Ouaich Voisin merci pour ton commentaire !  Je viens d'acquérir un système de doubles
poulies qui permet de tendre la sangle beaucoup plus fort, tu pourras donc essayer sans que la sangle touche le sol !...



stéphanie 16/01/2010 13:17


Hello,

Trop classes les commentaires, photos et vidéos !! Sinon vous avez fait que cette activité durant ces 2 jours ? Pas de grimpe ?


Rémi D. 20/01/2010 09:55



Oui on n'a fait que de la highline pendant trois jours. C'est vrai que ces belles falaises calcaires donnaient bien envie mais avec ce froid il fallait vraiment en vouloir pour quitter les gants
et puis on est loin de s'être ennuyés !...



Julien 14/01/2010 08:48


super texte, et super photos !
merci pour ta venue lors de ce trip. a bientot !!


Rémi D. 14/01/2010 13:57


Merci à toi de m'y avoir convié ! C'est vraiment des supers souvenirs. A bientôt !