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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 14:47



Après notre but dans Jojo le Bricoleur, Etienne et moi sommes bien décidés à nous rattraper le lendemain. Aussi, malgré un retour tardif au bercail et la nécessité de plus en plus impérieuse pour moi de ranger et nettoyer ma baraque, nous décidons de partir pour la Goulotte de l'Arche.
Ca doit faire bientôt un an que je grimpe cette ligne en rêve en regardant les photos de Brunos W. Après quelques hésitations : "Tu crois qu'on est au niveau ?...Y risque pas d'avoir trop de neige ?...Et les corniches ?", nous décidons d'aller nous confronter au problème.

La préparation du matos me prendra une partie de la nuit. A 3 h 30 le reveil sonne, j'ai dormi environ 1 h 30...
A 4 h 30 je retrouve Etienne à Valence Sud. On récupère Freddy à Grenoble au passage et à 6 h 45 on attaque la montée depuis le hameau de Garneyre.

Le lever du jour nous surprend à la lisière de la forêt. J'attends les 2 touristes qui traînent avec leurs skis. Soit disant que mes traces de raquettes sont trop raides...

Panorama pendant l'approche. Dans le fond, à droite du Mont Aiguille on voit bien l'Arête Nord Est de l'Aiguillette que nous avons gravie il y a quelques semaines avec Jean-Phi.
C'est ce dialogue avec la montagne que je trouve fabuleux dans l'alpinisme : rentrer au coeur d'espaces d'apparence inaccessible, apprendre à les connaître, à les comprendre puis les retrouver dans un vaste paysage comme de vieilles connaissances. Quand on fait une course avec un certain état d'esprit, il y a toujours un échange : on laisse un petit bout de soi là-haut et on repart avec un petit bout de là-haut en soi...
Houlà ! je commence à philosopher...Cet article est mal parti !

9 h 45 Nous voilà au pied des difficultés, près à attaquer. C'est quand même bien raide et c'est clair qu'il y a beaucoup plus de neige que lors de la sortie de Bruno W. Je sens une légère angoisse poindre en moi ....
Etienne se charge des 2 premières longueurs.

Le ressaut de L1 vu d'en haut. En bas Freddy, qui sort d'une grosse session dry tooling et cascade de glace dans les alpes, est plutôt surpris par le style très préalpin de l'escalade : les ancrages sur touffes d'herbe gelées et les crochetages sur le rocher recouvert de poudreuse instable sont de rigueur...Il est toujours difficile d'être tout à fait sûr de ses appuis.

Le ressaut de L2 : un dièdre d'une dizaine de mètres contre la tour pointue en rive gauche. Des spindrifts passent quasi en continu dans le goulet à gauche du dièdre...Ambiance !
Arrivé au relais de L2, j'ai les doigts qui gèlent, mes gants Quechua c'est vraiment de la grosse daube. La sensation est vraiment insuportable, j'ai l'impression qu'on m'arrache les ongles. Quand j'essaye de sortir mes mains des gants, ils collent au tissus et sortent en faisant un petit bruit de scratch. Mes sous gants en soie me donnerons un petit sursis...

 Dans le couloir de neige à 45° de L3. J'ai pris le relais d'Etienne qui se remet de ses frayeurs des 2 premières longueurs.

Toujours dans le couloir de L3, c'est de plus en plus beau !...

Un peu en dessous du ressaut de L4 assez court mais quasi vertical. Je m'y ferai une belle frayeur pendu sur mes piolets avec un friend douteux et une sangle sur un mauvais bequet comme protection...J'ai trouvé le reta sur un espèce de tas de neige peu cohérent plutôt tendu.

Au relais en haut de L4.

Chacun son tour ! Freddy aux prises avec le ressaut de L5, plus délicat qu'il n'y parait...Au dessus de ce ressaut, le couloir semble s'arrêter : il faut alors traverser à gauche sur une vire pendant une vingtaine de mètres pour prendre pied dans un couloir encore plus étroit, plus raide et plus beau que celui que l'on vient de quitter !

 

Freddy dans L6, couloir à 55°, progression facile mais ambiance grandiose !

Etienne à la sortie du couloir.


Il fait vraiment un froid glacial, depuis L3 je ne visse plus les mousquetons qui se coincent à cause du gel. L'humidité et le gel ont fini par s'insinuer dans mes sous gants en soie. J'essaye de me distraire en profitant de la vue magnifique mais la séance de torture a repris de plus belle...


L7, Etienne reprend la tête pour le passage du ressaut du bloc coincé. Quand je serai juste sous ce ressaut à galérer à sortir un friend avec mes mains gelées, Etienne fera partir un gros bouchon de neige qui me gèlera la gueule, me rentrera dans le cou et me coulera dans le dos...La prochaine fois je mettrai ma capuche !

Freddy sort du ressaut du bloc coincé

Vidéo prise de l'ultime relais.

Vue sur l'Arche qui donne son nom à la goulotte.

Nous sommes maintenant sous la corniche sommitale qui nous sépare du plateau. Au départ j'avais proposé à Etienne de m'en charger mais il faudrait se décorder et j'ai les mains gelées. De plus nous sommes suivis par une cordée de 3 jeunes gens qui sont maintenant juste derrière nous. On décide donc de ne pas traîner et c'est Etienne qui hérite de la dernière difficulté.

Etienne à l'attaque de la corniche sur des pentes de neige à 65°

Impossible d'ancrer dans cette neige, il va falloir tailler un tunnel. ca prend un temps fou et j'ai les doigts qui gèlent !


Ca y est, il est passé !
Au sommet il y a un vent absolument intenable qui m'empêchera de prendre une photo de la sortie vue d'en haut que j'avais pourtant très envie de prendre.

Dans le couloir de descente. On est rapidement au pied de la goulotte.
Mes deux camarades récupèrent leurs skis. Je ne les attends pas pour entamer la descente et je descend tout droit crampons au pied et piolets à la main. Je pensais les voir me doubler dans un nuage de peuf, en fait j'attendrais Etienne 15 minutes à la voiture et Freddy 30 minutes. Le premier avait ses chaussures d'alpi qui se sont avérées beaucoup trop souples à la descente et le second a galéré parce qu'il n'avait pas de batons...

Une dernière vue sur notre montagne. Il est 16 h 15 quand j'arrive à la voiture.

Cette course a donc largement tenu ses promesses : un accès relativement rapide, une ambiance incroyable et des difficultés modérées. Cependant je n'ai pas trouvé la protection aussi aisée que ce que j'avais pu lire. Il y a quand même pas mal de passages expo où on ne trouve pas grand chose à mettre.
Ceci dit peut être qu'avec un peu moins de neige et un peu plus d'expérience j'aurais aussi trouvé "la protection particulièrement facile".
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