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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 16:26

Le Verdon...on y arrive toujours avec une envie de dépasser les limites du raisonnable, une soif d'expérience que seul le sang, venant perler sous les peaux usées par le tranchant des sangles, pourra étancher. On en revient souvent en boitant, un sourire d'ivrogne aux lèvres, le corps couvert de marques et des images surréalistes plein la tête. Rude, enivrant, sans concession, sublime, le Verdon est un espace de jeu unique pour les désaxés de la verticale qui y débarquent par essaims entiers tels des insectes fascinés par le faisceau lumineux d'un projecteur.

 

Samedi 28 mai

 

Prélude pour Hervé et Dolce Vita  

On attaque par un enchainement de deux grandes voies d'un peu plus d'une centaine de mètres chacune et d'une difficulté 5c/6a.

P1020063                                           Les rappels d'accès en mode tous sur la même corde

 

Au pied de Prélude pour Hervé, nous sommes deux cordées, un couple de suisses et nous. Comme ceux-ci nous indiquent qu'ils grimpent en réversible et qu'ils sont "assez rapides" (à prononcer avec l'accent suisse...), je leur laisse la politesse puisque Zuzana ne grimpe pas en tête. Décision que j'aurais tout le loisir de regretter durant d'interminables attentes à chaque relais.

 

P1020074 Au relais où nous doublons enfin le couple de suisses extra lent !....

 

Je n'ai pas vraiment le temps de détailler mes impressions sur cette voie, pour résumer : le rocher est magnifique, très peu usé, la dernière longueur est particulièrement esthétique, cependant l'équipement est à mon avis beaucoup trop important et gâche le plaisir de l'escalade. Il y a un point tous les 2 mètres (voir plus), on se croirait en Via Ferrata ! Après la semaine de grimpe dans le Vercors que l'on vient de se taper on a vraiment l'impression d'être au jardin d'enfants...Bon ceci dit je ne critique pas, il en faut pour tout le monde mais moi c'est tout à fait le genre de voie qui ne me laisse aucun souvenir. Sans un minimum d'engagement l'escalade devient une gymnastique ennuyeuse et stérile.

 

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On enchaine avec Dolce Vita qui propose de belles longueurs en dalle raide (6a+). L'équipement légèrement plus aéré laisse au grimpeur le temps de vibrer un peu avant d'atteindre le prochain point. Il y a de très beaux mouvements sur des petites prises crochetantes malheureusement souvent un peu grasses.

 

Highline et pendulaire

 

Après cette sympathique entrée en matière retour en fin de journée au secteur Sordidon, le repère des highliners...

 

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                            Petite balade du soir sur la 15 mètres (Photos Zuzana S.)

 

Alors que je me balade gentiment sur la petite 15 mètres, je découvre l'attraction du week-end : un pendulaire aux dimensions pantagruéliques sorti tout droit de l'imagination débordante de notre ami Tancrède (2 cordes statiques de 110 mètres de long sur lesquelles sont connectées 2 cordes dynamiques de 60 mètres, le départ se fait depuis le milieu de la highline de 25 mètres).

 

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                      Jérémy se prépare au grand plongeon...

 

 

 Le saut de Rémy B. filmé à la Go Pro  

Inutile de vous dire qu'après avoir vu ça je ne tiens plus en place : je veux y aller maintenant, tout de suite. Après Rémy, c'est au tour de Jérémy, du temps qu'il remonte il fait presque nuit...Vaut peut être mieux attendre demain ? T'y penses pas et si je meurs dans la nuit ?! et si la falaise s'écroule ? et si les CRS débarquent (un truc aussi génial c'est forcément illégal) ? Pas moyen je veux y aller tout de suite !

Mon empressement ne paraît pas du tout déplacé à notre gourou Tancrède qui me prépare une petite spécialité : une longe de largage utilisée en parachutisme. C'est ça qui est bien dans ce genre de regroupement : entre allumés on se comprend parfaitement !

 

(Vidéo tancrède M.)
Moments particuliers que ceux qui précèdent le saut...Mon instinct de survie me hurle de toutes ses forces "Arrête ça ! Reviens tout de suite sur la terre ferme !  Là-bas c'est le vide absolu, tu vas tomber, t'écraser et mourir". C'est sans compter sur mon cerveau d'Homo Sapiens, petite merveille fruit de plusieurs millions d'années d'évolution, celui-ci lui répond du tac au tac : "Vas te faire foutre peur ancestrale ! J'ai confiance en cette installation comme j'ai confiance en mes amis qui l'ont conçue. Je veux ressentir l'ivresse, me jeter dans le néant. Je t'emmerde et je tire la poignée !"
Une victoire de notre intellect sur nos instincts primaires, une affirmation de la suprématie de notre système cognitif capable d'abstraction sur les mécanismes de survie inscrits dans nos gènes, voilà ce que signifie ce genre d'expérience à mes yeux. Alors que je commence ma pénible remontée sur corde, je me sens fier d'être humain, nettement supérieur au bouquetin par exemple, incapable de s'affranchir de son déterminisme biologique, celui-ci peut faire le beau à escalader des parois verticales à toute vitesse mais n'aura jamais les couilles (je devrais dire le cerveau) de tirer sur la poignée !

 

Le saut de Rémy B. et le mien vu de l'extérieur (Vidéo de Christophe S. pour mon saut)

 

Dimanche 29 mai
Un nouveau jour se lève sur le Verdon. Cette nuit j'ai rêvé que je volais comme lorsque j'étais enfant, en fait non ce n'était pas un rêve, c'était juste avant de me coucher...

 

Highline
La journée commence par un petit dej' face aux highlines, en l'absence de mouvements d'air celles-ci sont étrangement calmes, telles des rubans de soie couvrant une belle endormie.

 

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                        Fred en cowboy style sur la 25 m (Photo Zuzana S.)

 

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                        Anicet s'offre ses premiers pas sur une highline (Photo Zuzana S.)

 
Je ne me sens pas d'humeur bien combative ce matin alors je profite du spectacle de ces drôles de gars qui flottent dans l'air en agitant les bras. Etre ici avec Anicet me rappelle mon tout premier contact avec la highline. C'était il y a moins de deux ans et pourtant j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée depuis, tant de choses ont évolué : à l'époque les highliners français se comptaient sur les doigts de la main, traverser plus de 20 mètres était un exploit, on était encore dans le flou total au niveau du matériel, des normes de sécurité...la highline était encore un véritable saut dans l'inconnu.

En tout cas ça fait bien plaisir de voir tous ces gens motivés, toute cette énergie dépensée au service de cette splendide inutilité.

 

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                                             Un jeune néophyte fier de ses blessures de guerre...


Après quelques essais infructueux sur la 25 mètres, je m'emploie à coacher un apprenti highliner dont j'ai oublié le prénom (il me pardonnera il y avait beaucoup de monde ce week end). J'avoue avoir pris un plaisir sadique certain à le voir virer au blanc puis au vert en s'approchant du vide, à l'observer chercher désespérément un équilibre parfaitement maîtrisé au sol mais qui semble ici insaisissable. Notre jeune guerrier a bien combattu, il a pris des leashfall terrifiants la tête la première dans le vide, il s'est fait peur, il s'est fait mal, comme il se doit.

Grace à lui j'ai revécu par procuration mes premiers expériences de highline, les plus dures mais aussi les plus exaltantes, celles qui permettent de modifier les limites du possible, de s'ouvrir de nouveaux horizons. Il est donc reparti tout tremblotant, avec la paupière inférieure de l'oeil droit salement ouverte mais à son sourire je sais que je le recroiserai un de ces jours au bord d'une ligne...

 

Echo Logique

Difficile de résister à la tentation d'aller grimper avec des falaises aussi magnifiques à portée de main. D'ailleurs il n'y a aucune raison de résister, alors on y va, au programme "Echo Logique" juste à l'aplomb des highlines, 3 longueurs, 6b max.

  P1020119                               Vue sur le cirque de Sordidon depuis le pied de la voie 

 

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                       Vue depuis R1

La première longueur est athlétique avec un court passage déversant à grosses prises pas très agréable.

 

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                                             Vue sur L2 : fissure large sauvage !

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P1020142

                                            Très belle démonstration d'escalade de Zuzi dans L2

La deuxième longueur en 6b est magnifique : fissure large raide, agrémentée de prises sur les dalles permettant une très grande variété gestuelle. Les points sont suffisamment éloignés pour que l'affaire ait du piment...

 

P1020145

                      Vue sur la troisième et dernière longueur encore de la belle fissure raide...

 

Pendulaire

 

Après ça j'estime que le contrat est rempli pour le week-end : on s'est bien gavé ! Je m'apprête donc à remballer quand Zuzana me sort tout à coup avec son petit accent de l'Est "Oui mais je voudrais essayer le grand pendulaire, c'est possible tu crois ?". Bien sûr tout est possible ici ma jolie !

Murie d'un rapide cours de remontée sur corde, voilà donc mon amie tchèque prête à réaliser le premier saut féminin du week-end. Comme nous avons déjà démonté les highlines, le saut s'effectue directement depuis la falaise.

 

 Le saut de Zuzana suivi de celui de Vincent...

 

Les voir sauter me donne trop envie de tester le départ de la falaise mais il est déjà grand temps pour nous de plier bagage, tant pis...

Le week-end a également été riche en diverses autres expériences, Tancrède a notamment engagé sévère sur un magnifique pendulaire à bout de bras avec sortie en base jump. Je vous laisse apprécier la chose sur le montage de l'intéressé qui résume le séjour :

Comme d'habitude c'est donc à regret que je me décide finalement à prendre la route du retour. Dans le petit espace clos de l'habitacle de ma voiture nous emportons un précieux échantillon de l'air du Verdon, cet air si particulier qui a la faculté de concrétiser les rêves les plus insensés. Zuzi est encore loin d'être redescendu de l'effet de son saut, elle me décrit ses sensations et en tire instantanément des vérités générales comme si elle revenait d'un trip sous LSD.
Ma voiture glisse lentement le long des courbes souples de la route des gorges. La lumière chaude du jour finissant pénètre l'encaissement en longs rayons obliques dorés conférant à toute chose une infinie splendeur. Dans l'habitacle le silence s'est fait, nous dépassons une chute d'eau dont les flots d'argent étincelants disparaissent sous la chaussée.
Zuzana semble arrivée au terme d'une longue réflexion, elle se décide à briser le silence dans cet anglais simple et scolaire qui fait le pont entre nos langues maternelles respectives. Je crois n'avoir jamais entendu une tierce personne exprimer aussi clairement ce que je ressentais  "Tu sais je me demande souvent pourquoi je fais tout ça, pourquoi je risque ma vie pour des choses inutiles...J'ai eu peur avant de sauter de la falaise, j'avais peur quand nous escaladions ces falaises de rocher pourri dans le Vercors, peur de mourir, que ce soit la fin, que tout s'arrête soudainement...Mais quand je repense à toutes les choses magnifiques que j'ai vues, à tous les moments inoubliables que j'ai vécus en montagne, je me dis que toutes ces choses m'ont enrichie, m'ont vraiment rendue meilleure. Finalement ce qui compte dans une vie ce n'est pas la durée mais la somme des expériences positives, la quantité de belles choses que l'on peut y faire rentrer...En fait ce qui me terrifierait réellement c'est de mourir sans avoir osé vivre toutes ces choses mais aujourd'hui elles m'appartiennent, alors tu vois maintenant je me sens sereine, je n'ai plus peur de la mort."
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Published by Rémi D. - dans Slackline
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